Axes > Axe 2 : Territoires populaires : leurs commerces, fonctions et régulations

Dans ce second axe, l’éclairage porte avant tout sur l’inscription du commerce dans les territoires populaires, en particulier dans les lieux de résidence des classes populaires, qu’ils soient urbains, périurbains ou ruraux, au Nord comme au Sud. Les études proposées pourront apporter des éléments de réponse aux interrogations suivantes : la nature des commerces est-elle un marqueur socio-économique des quartiers populaires ? Y-a-t-il des agrégats de commerces, d’enseignes caractéristiques dans les petites villes, dans les zones commerciales qui en font des centralités populaires ? (Boquet, 2008)

 Le collectif Rosa Bonheur, à partir d’une enquête menée à Roubaix, a proposé en 2016 de définir une centralité populaire comme un « espace offrant diverses ressources aux classes populaires, dont un accès au logement, des échanges et des activités (mécanique, récupération, réhabilitation de logements, garde d’enfants, ménages, …), ce qui permet l’ancrage de ces dernières localement tout en redistribuant (des travailleurs, des biens et des valeurs) vers d’autres quartiers ». Dans le sillage de ces travaux, on pourra s’interroger sur le rôle à la fois social et économique que joue le commerce dans les centralités populaires et plus généralement dans les territoires populaires (Rankin et al., 2015). La fermeture des marchés pendant la crise sanitaire, et plus particulièrement pendant la période de confinement, a montré combien les marchés alimentaires étaient des lieux d’approvisionnement centraux dans les quartiers populaires. En quoi le commerce y apparaît-il comme une ressource pour les classes populaires, à la fois pour les clients (bas prix, crédits, dons...) et pour les petits commerçants (accès à l’emploi, aides familiaux...) ?

 Les communications pourront aussi rendre compte de la vitalité du commerce dans les territoires populaires ou au contraire de ses difficultés, d’une éventuelle paupérisation de certains commerçants. Quelle vacance commerciale dans les quartiers populaires ? La crise sanitaire du Covid 19 a-t-elle un impact sur le tissu commercial des territoires populaires ? Sur les pratiques marchandes dans les quartiers populaires ? Quelles politiques et actions publiques pour dynamiser ou redynamiser le commerce dans des banlieues populaires comme l’ont déjà étudiées, en France, Nabil Zouari (2020) dans le quartier du Mas du Taureau, à Vaulx-en-Velin, ou Mathilde Costil et Agnès Deboulet à Saint-Denis et Ivry-sur-Seine. En France, les politiques publiques, y compris celles relevant de la « Politique de la ville » déclinées en PNRU ou NPNRU et appuyées par l’ANRU, visent à revitaliser (via l’EPARECA) mais aussi à diversifier le tissu commercial des quartiers populaires avec tout un panel d’outils : réglementation (PLU), rachat de locaux par des foncières publiques, opérations de management commercial (animations, labels, démarchage d’enseignes…). Peut-on aussi, et déjà, établir une analyse voire un bilan du plan Action Cœur de Ville dans une ou plusieurs des 222 villes moyennes retenues en 2018 ? Un des objectifs de ce programme national est la revitalisation des centres-villes, en particulier en matière commerciale (« Structurer le tissu commercial et économique, améliorer la mixité des services au public et des commerces »). La mixité voulue est-elle effective ? La revitalisation n’a-t-elle pas écarté des commerces populaires qui appréciaient jusqu’alors des loyers commerciaux très bas ? D’autres études de régulation, à d’autres échelles de gouvernance, en faveur ou au détriment de commerces populaires, sur des terrains africains, américains ou asiatiques, pourront alimenter la réflexion sur l’action publique (Spire, 2014).

 Enfin, il apparaît important d’observer les territoires populaires en lien avec d’autres territoires auxquels ils sont reliés par des mobilités diverses. Cet axe regroupera également des communications sur les mobilités des consommateurs, mobilités des habitants de quartiers populaires qui vont acheter en dehors de leurs quartiers de résidence et inversement mobilités de consommateurs extérieurs qui se déplacent spécifiquement dans un ou des commerces de quartiers populaires ou des marchés comme ceux de Wazemmes, à Lille, de Marcory, Yopougon et Koumassi à Abidjan ou encore celui de Missébo à Cotonou (Choplin & Pliez, 2018) pour acheter des produits ciblés. En quoi, ces circulations modifient-elles la fréquentation du quartier, en modifient-elles peut-être son image ?

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